Fulvio LUZI : « Le FC Chambly Oise, cela se mérite ! »

Fulvio LUZI : « Le FC Chambly Oise, cela se mérite ! »

Dix jours après la fin du championnat et une défaite 3-0 sur le terrain du Paris FC, le président Fulvio LUZI a décidé de prendre la parole. Plusieurs sujets sont abordés : la saison écoulée, le stade, le projet sportif, le recrutement etc…

Président, le FC Chambly Oise a vécu sa première relégation le 15 mai dernier. Quel bilan faites-vous de la saison écoulée ?

« Ce fut une saison épuisante, stressante, difficile à tous les points de vue. Sportif, sanitaire et surtout économique, nous sommes passés par tous les états. Malgré tout, il y a une certaine fierté car nous sommes restés le FC Chambly Oise, unis avec nos valeurs de ne rien lâcher, à se bagarrer, à s’encourager et nous n’avons pas été loin de nous en sortir »

Certains fustigeaient publiquement le recrutement estival du FC Chambly Oise comme étant un recrutement raté… Qu’avez-vous à leur dire ? 

« Nous avons été harcelés comme quoi nous avons fait un mauvais recrutement. Or, finalement, on voit la fin de saison où les recrues jouaient à 5 ou à 6… Nous avons eu la malchance de perdre notre recrue phare, Nikola PETKOVIC sur blessure et qui a prouvé à son retour, le joueur qu’il est. Nos jeunes se sont adaptés au championnat et nous avons fini avec une vraie progression.

Dans tous les recrutements il y a obligatoirement un échec. Il y a eu celui de Luka SUSNJARA, c’est un très bon joueur mais il a besoin d’espaces et en Ligue 2 il n’y a pas beaucoup d’espaces. Son jeu n’est pas adapté au football français, pour autant c’est un très bon joueur. Hormis cela, nous n’avons pas fait un mauvais recrutement. On a recruté avec la possibilité ensuite de vendre des joueurs. Quand tu t’appelles Chambly, il faut être intelligent.

N’oublions pas que nous jouons des équipes, des villes n’ayant rien à voir avec Chambly. Un club comme Dunkerque a reçu une aide exceptionnelle de 820 000€ de la communauté urbaine en fin de saison. Alors que nous, nous recevons 15.000€ par la Communauté de Communes. Idem pour les infrastructures, des clubs ayant le même budget que nous comme Rodez, Pau et même Dunkerque, ont des conditions d’entrainements qui n’ont rien à voir avec nous. On ne pleure pas, on vous démontre la tâche énorme que représente le maintien du FCCO en Ligue 2. On a réussi une fois, pas la deuxième année »

Quel est l’impact d’une relégation sur le renouvellement des contrats des joueurs, du staff, des salariés ? Les négociations se passent bien ?

« Mon objectif, en tant que président, est de sauver un maximum d’emplois. Mais il va y avoir une suppression entre 10 et 15 emplois au sein du FC Chambly Oise.

Concernant les joueurs et les membres du staff, nous avons des difficultés dans les négociations par rapport à la proposition financière car évidemment, quand on descend de Ligue 2, avec un budget qui n’inclut plus les droits TV, ce n’est pas exactement la même chose. Certains ne comprennent pas ces baisses de salaires mais mon rôle n’est pas de mettre des gros salaires pour garder certaines personnes au détriment d’autres emplois. Les gens qui ne connaissent pas le milieu économique du football doivent changer de métier ou partir. Le FC Chambly Oise, cela se mérite ! 

Vous savez, il y a des gentlemen, et puis des petites gens. Aujourd’hui nous avons quelqu’un qui a prolongé au club en baissant son salaire de quatre cinquième par rapport à la saison passée. C’est l’exemple de quelqu’un d’intelligent et qui a de l’expérience dans le monde du foot, il sait comment ça marche. Les salaires que l’on a proposé aux joueurs et au staff que l’on voulait garder sont les salaires du 4 ou 5ème club de National pour la saison prochaine.

En règle générale cela se passe bien, quand on se quitte, on continue à avoir de bons rapports. Par contre, il y a des gens qui crachent dans la soupe (pourtant elle était bonne quand ils étaient au club), qui salissent le club, mais en règle générale, ce genre de personnes se retrouvent 2 voire 3 étages en dessous, donc le choix de ne pas les conserver était le bon.

Certains ont la sensation d’être arnaqué car ils perdent énormément au niveau salaire mais ils doivent se rendre compte qu’en L2 les salaires vont être à la baisse et qu’en National, il n’y a plus de droits TV donc ils sont énormément à la baisse. Je leur souhaite donc de retrouver un club, j’avais donné une deadline, elle est dépassée. On va repartir avec des gens motivés. Il va y avoir beaucoup de changements cet été et je souhaite bonne chance à ceux qui vont quitter le club. »

Est-ce que pour l’exercice 2021-2022, le groupe professionnel sera aussi élargi que cette saison ?

« Non, il sera largement réduit ! On va partir sur un groupe de 23 joueurs maximum voire même un groupe de 20 joueurs »

On lit beaucoup de choses sur les difficultés financières de certains clubs, comment va le FC Chambly Oise dans ce domaine ?

« Nous avons eu une perte de 1 800 000€ par rapport au budget prévisionnel à cause des droits TV, de l’absence de recettes billetteries, buvettes, hospitalités. Nous avons également 100 000€ d’impayés de sponsors. Cela, c’est une chose. Par contre, nous avons beaucoup travaillé et nous allons terminer avec un tout petit déficit, ridicule voire même à l’équilibre.

Quand certains clubs ont recruté à la trêve hivernale au point de s’endetter, nous, nous avons prêté un joueur et nous avons rompu deux très gros contrats. Tout ceci pour économiser et pouvoir continuer à honorer nos salaires. Car aujourd’hui, on a beau être vilipendés par certaines personnes, au sein de notre ex effectif, ces gens-là oublient que la saison passée au moment du chômage partiel, nous avons payé les salaires au complet. Ils oublient que cette année, avec la tragédie économique du Covid et de Médiapro, on a payé tous nos salariés en temps et en heure. Et cela, c’est mon rôle de président. Les gens qui veulent trop d’argent doivent partir du FC Chambly Oise car je ferai ce que je peux faire car si je leur donne un gros salaire et que je ne peux pas les payer, ces gens-là seront les premiers à me tomber dessus. »

Est-que le FC Chambly Oise pourra compter encore sur la fidélité de ses partenaires la saison prochaine ?

« Sur l’aspect commercial et politique, nous avons une part dans cette réussite avec notre commercial François Boutin, notre directeur général Thierry Bertrand et moi.

Nous avons 3 sponsors qui nous ont délaissés. Le premier avait pris une loge à Brisson, il a vu 3 matchs. Le second est en grosse difficulté et un troisième qui lui, a jugé qu’on allait descendre et que ce n’était pas la peine de nous sponsoriser. On ne citera personne, nous, nous sommes des gens respectueux. C’est une société qui nous a aidé durant des années, on passe à autre chose.

En revanche, je voudrais dire un IMMENSE merci aux sponsors, nombreux, qui sont restés fidèles jusqu’à la fin et pour le soutien affiché même après les défaites et aussi pour leur engagement financier la saison prochaine.

Le maillot prévu pour la saison prochaine est supérieur de 10% en sponsoring par rapport à celui en Ligue 2 sachant que nous avons un rendez-vous mardi pour y ajouter un sponsor supplémentaire. Je remercie tous ces gens-là. Nous avons pu joindre les deux bouts sans être pratiquement pas endettés, cela fait chaud au cœur. Les gens veulent participer à l’aventure même quand on était dernier du championnat. Nous sommes ensemble dans ce projet.

Justement, le maillot du FC Chambly Oise est souvent décrié pour ses nombreux sponsors, pourtant c’est un maillot qui se vend bien !

« Le chiffre du merchandising cette saison est supérieur à celui que l’on avait déclaré à la LFP en mai dernier. Chiffre supérieur sachant qu’il n’y avait personne au stade, sachant que l’on ne joue pas à Chambly. C’est juste exceptionnel ! Nous sommes épatés, on fait un carton sur pleins de produits. Cela témoigne que ce club est aimé. Le FC Chambly c’est des milliers de personnes et chacun à son niveau apporte son soutien.

Le maillot est décrié oui, mais tous nos sponsors maillots réunis font que nous avons pratiquement la même somme de sponsoring maillot qu’un club historique promu en L1 la saison passée par exemple, qui ne possédait qu’un gros sponsor maillot. C’est formidable ! »

Nous avons reçu des centaines de messages de soutien le soir de la descente et tout au long de la saison. Le soutien des supporters fut important malgré le huis clos. Quel est votre regard à ce sujet ?

« J’ai discuté récemment avec 3 supporters du FCCO, Stéphane, Christophe et Gilles mais je les englobe tous. Je leur ai dit que pendant ces deux ans à jouer loin de Chambly, on s’est aperçu encore plus de l’importance des supporters du FC Chambly Oise dans nos résultats. Ce sont des gens qui ne nous ont jamais lâché et je pense qu’à travers nos deux saisons en Ligue 2, nous avons montré qu’on leur rendait la pareille car nous non plus, nous n’avons rien lâché ! Nous descendons en National pour 3 points et jusqu’au bout nous étions en position de nous maintenir sportivement. Quelque part, avec tout ce qui nous est tombé sur la « gueule », c’est extraordinaire.

J’ai lu l’article du Parisien comme quoi les habitants de Chambly sont derrière nous, c’est formidable. On est ensemble dans cette aventure ! »

Nous avons également reçu beaucoup de messages de personnalités et de nombreux clubs de football du département…

« Oui, je voudrais remercier tous les clubs de l’Oise et d’autres départements qui nous ont soutenu à travers leurs messages, leurs textos, ils ont toujours été derrière nous, c’est magnifique !

Les politiques aussi ont toujours été derrière nous, un grand merci à eux ! Je remercie la mairie de Beauvais sans qui, nous n’aurions pas pu jouer en Ligue 2. Nous avons tissé des liens d’amitié avec les employés municipaux de Beauvais. Nous les remercions aussi parce que ce n’est pas facile d’accueillir un autre club. Mais également mes remerciements au conseil départemental qui est toujours proche de nous et à notre écoute. Sans oublier le conseil régional sans qui, nous n’aurions pas pu non plus jouer à Beauvais. 

Nous remercions aussi les deux clubs de Beauvais, l’AS Beauvais et le Beauvais Rugby Club. Si un jour , dans l’avenir, nous sommes en état de leur rendre service et qu’ils doivent jouer chez nous pour une raison ou pour une autre, cela sera un plaisir de leur rendre la pareille.

Vous avez dit que le club visait une remontée dans les 3 ans, quelle sera la politique sportive pour la prochaine saison et les saisons à venir ?

« Nous n’allons pas changer de style de jeu, mais nous allons changer beaucoup d’hommes. Nous avons déjà changé notre style de jeu en 2018 l’année de la demi-finale de Coupe de France en passant d’un milieu d’impact fort dans le domaine aérien à un milieu mobile capable de faire 12/13km par match et fort techniquement.

 Quand on sort d’un échec, il est toujours important de mettre un coup de fouet, un coup de concurrence à l’effectif. Nous allons ramener de la jeunesse et nous allons partir sur un projet de 3 ans pour remonter car si les deux premières divisions passent à 18 clubs, il n’y aura plus qu’une équipe qui montera de National en Ligue 2 donc cela sera difficile.

Cela fait deux ans que le FCCO ne joue plus à Chambly, est-ce que le club pourra évoluer la saison prochaine au Stade Des Marais ?

« A priori en National, oui, nous pourrons. Mais l’objectif numéro 1 est de jouer à Beauvais car cela voudra dire que nous sommes en Ligue 2… »

Vous voulez dire que sportivement la relégation est actée mais que financièrement il y a encore une chance d’évoluer en Ligue 2 ?

« Nous en sommes à notre troisième année de société au FC Chambly Oise, les principaux actionnaires, dont moi, ne sont pas des personnes « argentées ». Nous n’avons pris AUCUN dividende ! Les deux premières années nous avons eu un bénéfice, là nous serons à l’équilibre. Nous n’avons jamais pris de dividendes parce que tous nos efforts ne sont pas pour gagner de l’argent, mais sont pour le club. Pour faire vivre le club, développer des emplois.

Nous avons même rendu 82 000€ de subvention à la mairie l’an dernier. La municipalité avait demandé aux associations qui n’étaient pas dans le besoin de rendre une partie de la subvention municipale. Nous, nous avons rendu 82 000€. Notre situation financière est très saine, aucun problème de trésorerie.

Le football français vit un drame économique. Ce n’est pas impossible que des clubs soient en situation difficile. Un repêchage est possible. Nous nous devons d’être à l’affût, on repart en National mais si le repêchage arrive, on sera prêts à y faire face. »

Où en est le stade Walter LUZI ? Hormis qu’il soit terminé à 90% sans pouvoir être utilisé…

« Je laisse faire la mairie car ce sont eux les gens attaqués. Par contre, le stade est quasiment terminé et je ne vois pas un quelconque changement au niveau de la rivière l’Esches. Je la regarde couler à chaque fois que je passe sur le pont pour venir au stade, il n’y a aucun changement.

Il faut savoir que Mr Perrein, président de l’AAVE, dit en réunion à la sous-préfecture devant le sous-préfet, devant le directeur de cabinet de Nadège LEFEBVRE ( présidente du CD Oise ), devant le député Pascal BOIS, devant Ilham ALET la conseillère départementale, devant la présidente de la DDT ( Direction Départementale des Territoires ), devant la Mairie de Chambly et devant son propre vice-président Vincent Abot que, si la Mairie fait une étude environnementale, il est ok pour que les travaux reprennent. Deux jours plus tard, il a envoyé un recours à la Préfecture.

Donc en réalité, ce monsieur est en guerre contre la Mairie et contrairement à ce qu’il dit, il est aussi en guerre contre le FC Chambly Oise. Il faut savoir aussi que la présidente de la DDT a clairement dit que la compensation écologique évoquée par la Mairie de Chambly était largement suffisante. Ce n’est donc pas une guerre écologique car si c’était cela, Mr Perrein aurait réagi suite à l’enquête L 214 parue dans la presse nationale concernant un gros problème animalier à quelques mètres du Stade Walter Luzi… On ne l’a pas entendu, ce n’est pas un écologiste. D’ailleurs, la candidate EELV à la région, ne cautionne absolument pas Mr Perrein et souhaite que les travaux reprennent.

Nous sommes pris en otage. Nous avons un manque à gagner de 800 000€. Nous attendons le résultat de l’appel. SI les travaux ne reprennent pas, nous avons déjà contacté un avocat et nous allons à notre tour demander des dommages et intérêts sur ce préjudice et nous allons demander aux employés licenciés de déposer une plainte. »

Dernière question président, vous avez toujours été un président ambitieux, est-ce que cette ambition reste intacte aujourd’hui ?

« Nous n’avons pas été épargnés cette saison par les blessures de nos cadres, les faits de jeu, le Covid, un tas de décisions… et pourtant on a failli se sauver sportivement ! Pourquoi ne serais-je pas ambitieux ?

Quand je perds, j’apprends. J’ai beaucoup appris. Nous allons remonter en Ligue 2, cela prendra peut-être deux, trois, quatre ans mais on y arrivera et on va bien y figurer »